« Saa fitnë » : Bassirou Diomaye Faye aurait-il choisi de répondre à Ousmane Sonko sur le terrain du verbe ?
En politique, les mots ne sont jamais anodins. Ils traduisent une vision, envoient un message et, parfois, redessinent les rapports de force. En déclarant publiquement : « Reew mii, saa fitnë dootufi nanee ñeex » (« Dans ce pays, la discorde ne sera plus jamais tolérée »), lors du lancement de son nouveau parti Kiiraay – Les Patriotes Républicains, le président Bassirou Diomaye Faye a prononcé une formule qui a immédiatement suscité de nombreuses interprétations dans le paysage politique sénégalais. Si le chef de l’État n’a cité aucun nom, cette sortie aurait été perçue par une partie de l’opinion comme une réponse indirecte aux tensions qui opposent désormais les deux anciens compagnons de lutte.
Depuis plusieurs semaines, les divergences entre Bassirou Diomaye Faye et son ancien mentor Ousmane Sonko occupent le devant de la scène. Le lancement d’un nouveau parti présidentiel, les départs enregistrés au sein de PASTEF ainsi que les prises de parole des deux camps ont renforcé l’idée d’une rupture politique désormais assumée. Dans son discours, le président a insisté sur son rôle de garant des institutions, affirmant qu’il est « le président de tous les Sénégalais », que « les hommes passent mais les institutions restent » et qu’aucun parti ne saurait primer sur la Nation.
L’expression « saa fitnë » revêt une portée symbolique particulière dans le contexte sénégalais. Le terme fitna, d’origine arabe, désigne la discorde, la division ou les troubles au sein d’une communauté. En choisissant cette formule en wolof, Bassirou Diomaye Faye aurait adopté un registre de communication longtemps associé à Ousmane Sonko : des expressions courtes, populaires et fortement évocatrices. Pour plusieurs observateurs, cette évolution du discours présidentiel pourrait traduire une volonté de parler directement à la même base militante et au même électorat que son ancien allié, en utilisant un langage politique accessible et percutant.
Au-delà de la formule elle-même, cette séquence pourrait marquer une nouvelle étape dans la recomposition du pouvoir sénégalais. Là où Ousmane Sonko s’est construit comme une figure de rupture à travers un discours offensif, Bassirou Diomaye Faye semble désormais chercher à incarner la stabilité institutionnelle tout en conservant une communication capable de mobiliser l’opinion. Si l’expression « saa fitnë » a rapidement alimenté les débats, son interprétation reste politique plutôt que juridique : à ce stade, le président n’a jamais désigné explicitement Ousmane Sonko comme destinataire de son message. Une chose paraît toutefois acquise : la bataille entre les deux hommes se joue désormais autant sur le terrain des idées que sur celui des mots.
