Vague de démissions à PASTEF : Sonko reste-t-il plus fort que le camp de Bassirou Diomaye Faye ? - SENEGAL24NEWS
23 juillet 2026

Vague de démissions à PASTEF : Sonko reste-t-il plus fort que le camp de Bassirou Diomaye Faye ?

Ousmane sonko – bassirou diomaye faye

La multiplication des départs enregistrés au sein de PASTEF marque une nouvelle étape dans la rupture politique entre Ousmane Sonko et le président Bassirou Diomaye Faye. Plusieurs responsables nationaux, cadres administratifs et animateurs locaux ont annoncé leur ralliement au camp présidentiel, parmi lesquels Cheikh Saad-Bouh Diouf, ancien coordonnateur du mouvement des personnes handicapées de PASTEF, Bakary Bass Sakho à Guédiawaye, Mansour Diop, Lansana Gagny Sakho ou encore des responsables de structures locales. Ces démissions interviennent après l’annonce de la transformation de la coalition Diomaye Président en une nouvelle formation politique destinée à soutenir directement le chef de l’État.

Sur le plan médiatique, cette vague donne l’image d’un parti traversé par une crise profonde. Sur le plan électoral, son impact reste toutefois difficile à mesurer. Les responsables qui quittent PASTEF disposent parfois de fonctions importantes, d’une visibilité nationale ou de réseaux locaux, mais aucune donnée publique ne permet encore d’affirmer qu’ils entraîneront avec eux une part significative de l’électorat. Une nomination administrative, un titre dans une structure interne ou une présence régulière dans les médias ne correspondent pas nécessairement à une implantation populaire capable de faire basculer une commune, un département ou une région. La véritable épreuve sera donc moins le nombre de communiqués de démission que la capacité de chaque camp à mobiliser concrètement les militants lors des prochaines élections.

La principale force de PASTEF demeure Ousmane Sonko. Son parcours, son discours de rupture et les épreuves judiciaires traversées avant l’alternance ont créé autour de lui une relation politique très personnalisée avec une grande partie de la base militante. Après son départ de la Primature, il a été largement reconduit à la tête du parti et conserve le contrôle d’une imposante majorité parlementaire. PASTEF dispose également d’une organisation structurée, de militants très actifs sur le terrain et les réseaux sociaux, ainsi que d’un récit politique fondé sur la résistance et la fidélité au projet initial. Cette centralité de Sonko explique pourquoi plusieurs de ses partisans considèrent que les départs actuels affaiblissent davantage certains responsables individuellement qu’ils ne fragilisent réellement le parti.  

Bassirou Diomaye Faye possède néanmoins des atouts que PASTEF ne peut pas minimiser. En tant que président de la République, il bénéficie de la visibilité institutionnelle, de la conduite de l’action gouvernementale et de la capacité à rassembler des personnalités venues de plusieurs sensibilités. Son camp peut attirer les responsables qui privilégient la stabilité, l’accès au pouvoir exécutif ou une ligne politique jugée plus modérée. Il pourrait aussi séduire une partie des électeurs ayant voté pour l’alternance de 2024 sans être directement affiliés à Ousmane Sonko. Sa principale faiblesse réside cependant dans l’absence, pour le moment, d’un appareil militant comparable à celui de PASTEF et dans la difficulté à construire rapidement une identité politique autonome sans apparaître comme le bénéficiaire d’une transhumance organisée autour du pouvoir.

La crise actuelle oppose donc deux formes de légitimité. Ousmane Sonko détient la légitimité militante, partisane et parlementaire, tandis que Bassirou Diomaye Faye dispose de la légitimité présidentielle et institutionnelle. Les démissions peuvent alimenter une dynamique favorable au chef de l’État, mais elles ne constituent pas encore la preuve d’un transfert massif de voix. Pour renverser le rapport de force, le nouveau camp présidentiel devra démontrer qu’il peut créer des structures locales, mobiliser au-delà des responsables nommés et proposer un projet politique suffisamment distinct de celui de PASTEF. À ce stade, la rupture est réelle, la recomposition est engagée, mais Ousmane Sonko reste le centre de gravité électoral et militant du parti qu’il dirige.