Immigration en Espagne : la réalité des flux loin du récit sur l’Afrique subsaharienne
Contrairement à une idée largement relayée dans certains débats médiatiques européens, l’immigration en Espagne ne proviendrait pas majoritairement de l’Afrique subsaharienne. Les données publiques disponibles, notamment celles issues de l’institut national de statistique espagnol (INE), suggèrent que les principaux flux migratoires vers le royaume ibérique seraient avant tout européens et euro-méditerranéens. Les ressortissants de pays comme la Roumanie, le Maroc, la Bulgarie, le Portugal ou encore le Royaume-Uni figureraient parmi les communautés étrangères les plus représentées, selon les provinces, loin devant celles originaires d’Afrique subsaharienne.
Plusieurs facteurs structurels permettraient d’expliquer cette configuration. L’Espagne attire depuis des années une main-d’œuvre européenne pour des secteurs clés tels que l’agriculture, le bâtiment, le tourisme ou les services à la personne. Parallèlement, le pays séduit de nombreux retraités européens, notamment britanniques et allemands, attirés par un climat favorable et un coût de la vie perçu comme plus accessible. À cela s’ajoutent des dynamiques migratoires anciennes avec l’Afrique du Nord et l’Amérique latine, renforcées par des liens historiques, linguistiques ou économiques.
Pourtant, une partie du discours public tendrait à mettre en avant une immigration principalement subsaharienne, souvent associée à des thèmes sensibles comme l’insécurité, la pression sur les services publics ou la perte de pouvoir d’achat. Selon plusieurs observateurs, cette focalisation pourrait servir de levier politique ou médiatique dans un contexte marqué par l’inflation, les tensions sociales et les débats sur les politiques migratoires. En simplifiant la réalité des flux, certains récits contribueraient à nourrir des perceptions anxiogènes, parfois déconnectées des statistiques globales.
Dans ce contexte, le projet de régularisation envisagé par le gouvernement espagnol, pouvant concerner jusqu’à 500 000 personnes, serait avant tout présenté comme une réponse économique. L’exécutif met en avant la nécessité d’intégrer au marché du travail des personnes déjà présentes et actives dans l’économie informelle. Une approche qui, selon les autorités, viserait à renforcer la cohésion sociale et la transparence économique, tout en rappelant que l’immigration en Espagne demeure un phénomène pluriel, aux origines diverses, et bien plus complexe que certains raccourcis médiatiques ne le laissent entendre.
